La malédiction de voyager

Tu reviens de ton premier voyage, ou comme moi, ton sac à dos s’en vient un peu usé. Tu comprendras.

Tu comprendras lorsque je te dis qu’une fois que la mouche du voyage t’as piqué, c’est fait, c’est une maladie incurable. Des vaccins ou des pilules qui goûtent mauvaises pour ça, y’en a pas. Tu ne peux même pas prévenir, je te le dis tout de suite : tu n’auras pas le choix de guérir. En repartant.

J’ai fait mon premier voyage à 15 ans. Tout juste embarquée dans l’avion, je savais. Trois mois plus tard, je revenais, le coeur bien plus gros que le continent que je quittais. Ça venait de me frapper : le down du retour de voyage. Et comment on se rassure à travers ça? On se dit qu’on va repartir, c’est tout, parce qu’il le faut. Et depuis ce temps-là, c’est ce que je fais, je repars.

Je repars, parce que dans le fond, la vie, c’est ça. La vie, c’est recevoir une crème glacée plutôt qu’un chocolat chaud lors d’une froide journée dans un café allemand, parce que t’as oublié de prononcer le foutu « h » qui fait toute la différence. La vie, c’est faire du camping sur le bord de l’océan à Mauï dans une tente beaucoup trop petite pour deux, pis capoter lorsque tu trouves des scorpions dans ton lit dans le fin fond de la jungle au Nicaragua. La vie, c’est manger ta planche de surf en pleine face, saigner (beaucoup) du nez, pis apprendre que les coups durs sont juste là pour t’aider à apprendre et mieux recommencer. La vie, c’est péter sa coche à un douanier au Costa Rica, pis te rendre compte que ton espagnol n’est vraiment pas si mauvais que ça. La vie, c’est de littéralement te faire tout voler dans un auberge un peu sketch, mais de rencontrer cette personne qui va te faire réaliser que tant que t’as ta famille, des amis, pis un hamac, ça va ben. On réglera ça demain.

La vie, c’est de t’entourer de gens qui aiment mieux savoir d’où tu viens, plutôt que te demander dans quoi tu étudies ou l’endroit où tu travailles. La vie, c’est travailler dans un auberge jeunesse en Amérique centrale, pis rencontrer des amis qui te donnent envie de partager ton reste de pot de Nutella – (you know that’s a big deal!). La vie, c’est de te saouler dans un taxi avec des australiens que tu connais depuis cinq minutes, mais qui sont déjà tes meilleurs amis. La vie, c’est de t’asseoir sur la plage en pleine nuit , un 40 oz cheap de rhum à la main, avec des gars du Salvador qui te disent qu’ils ne comprennent pas pourquoi tout le monde pense que leur pays est dangereux, pis toi non plus tu ne comprends plus trop maintenant.

Alors, c’est pour ça que je repars. Parce qu’une fois que t’as goûté, tu ne peux plus t’en passer. Mais à chaque fois que tu pars, tu reviens toujours un peu plus magané. Magané, parce que tu n’as pas envie de retourner à la routine et magané de réaliser que les personnes qui ont partagé tous ces beaux moment avec toi, tu ne les verras plus. Alors, fais comme moi ! Achète-toi un billet, et va les voir. Et c’est ainsi que la roue continue.

Mais hey, sans aucun doute, le voyage, c’est la plus belle malédiction qui soit. Il disent que home is the heart is. Et bien là, ton coeur, c’est à la planète entière qu’il va appartenir. Pis ça, tu peux en être fier.

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Laurence Blanchette

Crédit photo – Couverture

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