Être une monitrice

Depuis mes 16 ans, j’accumule les jobines d’été sur mon CV long de 3 pages. Cet été, j’ai trouvé LA job; celle qui te donne envie de te lever à 5 h 40 le lundi matin, mais également le mardi, mercredi, jeudi et vendredi.

Cet été, j’arbore le vert plus fièrement que jamais.

Cet été, je suis une monitrice de camp de jour dans un secteur multiethnique de Charlesbourg. « C’est une job facile ! » « Tu es payée à ne rien faire. » « C’est comme garder, y’a rien là. » Certes, ce boulot peut sembler être une façon facile de faire de l’argent, voire une expérience banale aux yeux de bien des gens, mais laisse-moi te parler des dessous de ce boulot.

Détrompe-toi.

Être une monitrice, c’est formidable, mais c’est loin d’être facile.

Être une monitrice, c’est se lever aux petites heures à chaque matin de la semaine, encore endolorie de la veille, afin de donner à nouveau son 14 503 % à des enfants qui t’ont peut-être fait pogner les nerfs intérieurement 45 fois en une heure la veille.

Être une monitrice, c’est sourire afin de faire sourire ces enfants dont tu as la charge, même si dans cette vie où ton nom n’est pas vraiment Casablanca – parce que oui, tu en as bel et bien une -, ça brasse peut-être beaucoup. Mais ça, ils ne doivent pas le savoir.

Être une monitrice, c’est être exténuée et continuer de courir après tes petits potes, sous le gros soleil, parce que Nathaniel t’a touchée et que c’est rendu toi la tag.

Être une monitrice, c’est être affamée à la fin de la journée, car tu as donné ton lunch et tes 2-3 collations à des enfants dont les parents n’ont pas nécessairement toujours les moyens de remplir la boîte à lunch de leur(s) enfant(s) adéquatement. Tu ne veux pas qu’ils meurent de faim !

Être une monitrice, c’est avoir un drôle de parfum à la fin de la journée, car tu as ramassé à peu près 33 dégâts et parfois 1 ou 2 petits « accidents ».

Être une monitrice, c’est apprendre à parler une nouvelle langue ou pratiquer celles dont tu te foutais un peu au secondaire pour faciliter l’intégration de jeunes venant d’autres pays au reste du groupe.

Être une monitrice, c’est avoir froid dehors, parce qu’un jeune a oublié sa veste et que tu lui as prêté la tienne. Ce peut être également parce que tu es mouillée, car Kassandra trouvait ça bien drôle de t’arroser avec l’eau d’une flaque quelconque aperçue sur le bord du chemin en revenant du parc.

Être une monitrice, c’est se baigner dans un océan de nouvelles cultures qui t’étaient inconnues, chacune plus intrigante que la précédente.

Être une monitrice, c’est de ne pas avoir l’énergie nécessaire pour aller à ce party que tu attendais depuis un mois et demi, car tu es K.O., vidée.

Être une monitrice, c’est difficile, c’est éprouvant autant mentalement que physiquement, mais c’est aussi :

  • Te faire une nouvelle gang d’amis, venus d’un tas de milieux différents, qui ne t’appelleront probablement jamais par ton vrai nom – même après l’été. Tu créeras avec eux des liens incroyables !
  • Passer l’été à bouger sous le soleil, en chantant des chansons avec des enfants qui te voient comme leur héroïne en uniforme vert ou orange, comme la grande soeur qu’ils n’ont jamais eue, comme leur meilleure amie ou même leur confidente.
  • Apprendre à repousser tes limites physiques et morales.
  • Te glisser dans la peau d’une autre de 8 h à 18 h, du lundi au vendredi.
  • Oublier que tu as un cellulaire, car tu as autant de fun à faire rire tes petits potes qu’avec le staff.
  • Apprendre à danser sous la pluie, au sens figuré; faire face à un tas d’imprévus.
  • Se remémorer à chaque jour ce que c’était d’aller au camp lorsque nous étions plus jeunes, et de voir à nouveau la vie à travers des yeux d’enfants.
  • Se coucher le soir avec -1000 de batterie, mais avec le sourire aux lèvres, le coeur rempli de l’amour inconditionnel de plus d’une dizaine d’enfants, la tête pleine d’anecdotes cocasses, mais c’est d’abord et avant tout une expérience extraordinaire, que je te recommande fortement.

Sur ce, Casablanca est brûlée et doit laver son lot de gilets verts.

Bonne nuit !

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Maïna Bélanger

Crédit photo – Couverture

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