La liberté d’expression

J’ai passé pratiquement vingt ans de ma vie à apprendre comment tenir un crayon correctement. J’ai passé vingt années à griffonner les courbes de lettres de plomb sur un fond blanc. J’ai passé ces années à essayer de former des mots avec des syllabes collées contre elles qui créeront des phrases complètes. J’ai passé vingt ans à agencer les courbes des lettres pour démêler la bousculade de mots qui envahissait ma tête. J’ai passé vingt ans à vouloir exprimer mes pensées avec des mots en noir et blanc.

J’ai passé ces vingt ans à observer comment les autres autour de moi tenait leur crayon. J’ai passé vingt années à les voir griffonner des courbes différentes plombées sur du papier ligné. J’ai passé ces années à voir que l’effet sonore des syllabes des mots sont différents d’un esprit à l’autre. J’ai passé vingt ans à voir des gens exprimer leurs propres idées à travers leur plume grisâtre.

J’ai passé vingt ans à comprendre ce processus.

J’ai passé vingt ans à découvrir chaque facette de ce qu’on appelle : « la liberté d’expression ».

Ça m’a pris tout ce temps pour me rendre compte que ce concept, qui me paraissait si simple, si « banal », est en fin de compte si complexe, si incompris.

La liberté d’expression commence à exister lorsqu’un crayon dépose le plomb sur un bout de papier, mais se termine là où le crayon est victime de la chaise musicale.

C’est depuis 1948 que les humains ont le droit de s’exprimer en toute liberté, grâce à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ironique qu’on ait mis une date officielle sur un droit fondamental? Le mot « fondamental » veut dire : « dans les fondements de l’humanité ». Alors, pourquoi insinuer que ce droit est « né » qu’au 20e siècle ?

Au 21e siècle, nous assisterons probablement à la réécriture de cette définition, puisqu’elle est sujet à changement lorsqu’un humain décide de se l’approprier personnellement. Je veux dire qu’il y a tellement d’humains et tant de plateformes où notre opinion peut être exprimée, sauf qu’il y a des personnes qui abusent des limites de la liberté d’expression.

Certains croient que la liberté d’expression, c’est les joutes verbales jusqu’à temps qu’autrui soit blessé, directement ou indirectement, par ses paroles souvent insignifiantes.

D’autres croient que si leurs paroles sont écrites sur de petits bouts de papier, les mots pourraient se perdre à l’aide d’un coup de vent. Mais qu’arrivent-il lorsque tous ces petits bouts de papier finissent par arriver sur le balcon de quelqu’un qui ne le méritait pas? Va-t-il en saisir le sens, le contexte, les intentions? Probablement pas. Il va seulement récolter les échantillons de mots et essayer de les recoller pour découvrir que souvent, lorsque l’on ne comprend pas le contexte des mots, ceux-ci deviennent porteur de significations infinies. Envoûté par le désir de compréhension, il ira déposer ces mots chez quelqu’un d’autre pour répéter le processus, sans consentement. C’est un cycle sans fin. La liberté d’expression, c’est une montagne russe sans fin qui ne cesse de prendre de nouveaux chemins. Sauf que certains chemins sont plus sinueux que d’autres et que certains ne sentiront que les cratères des paroles.

La liberté d’expression devrait avoir un début et une fin, ainsi que des arrêts à certains endroits pour éviter les maux des mots.

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Noémie Perreault

Crédit photo – Couverture

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