Des doutes et des noix (partie 2)

(voir la première partie du billet)

C’est dur à décrire, ça arrive si vite. Ma mère m’a emmenée faire le tour de l’île d’Orléans pis j’avais l’impression de ne pas être là mentalement. Mon esprit était ailleurs, j’sais pas où. Je n’arrivais pas vraiment à exprimer mes préférences, comme si je ne voulais rien, comme si je voulais qu’on me christ la paix. Je ne voulais pas vraiment débarquer du char, j’voulais juste que ma mère continue de conduire, conduire et conduire. Pis le plus weird là-dedans, c’est qu’en soirée, j’étais super joyeuse ! J’ai passé du bon temps avec mes amies pis tout était cool ! Comme si cela avait effacé toute la peine que j’ai ressentie cette semaine. Mais encore plus weird, j’suis en train de me demander si je ne suis pas borderline ou bipolaire. Voyons, je ne peux pas être bipolaire. Je ne suis pas assez inconstante pour ça. Dans le fond, je pense cela juste pour essayer de mettre un nom sur ce que je ressens. Et si je n’ai pas de maladie mentale? Et si je suis normale? Peut-être que c’est cela qui m’effraie le plus, qu’il n’y aille rien de grave. Je veux que ma peine soit justifiée à chaque esti de fois. J’veux tout le temps me trouver une raison. J’veux tout le temps trop comprendre d’où tout cela vient.

J’parle pis j’ai l’impression de ne pas m’écouter. J’perds le fil. C’est comme si je n’avais pas envie de faire de longues phrases. J’compte les jours, j’compte les heures. J’me dit : « Trois jours avant de voir mon amie, j’devrais tougher. » J’me dit : « Cinq heures avant d’aller me coucher, j’devrais finir par me trouver de quoi à faire. » Comme s’il fallait tout le temps que je m’occupe l’esprit. J’ai une pile de livres à lire, une planche à roulette, un vélo, mais je ne fais rien de cela. J’ai des high de motivation, mais y durent deux minutes. J’me dis tout le temps : « Ok, mais après? Qu’est-ce que je vais faire rendu là? J’vais rester chez nous à place, je ne me déplacerai pas pour rien. » Je sais quoi faire pour aller mieux, mais je ne le fais juste pas et je ne sais pas pourquoi.

Merde, je ne veux pas revenir à la case départ, mais je sais que je n’y reviendrai pas. Ce n’est pas aussi torturant qu’avant. Ce n’est pas les mêmes problèmes, ce n’est pas avec les mêmes personnes, c’est la vraie vie au lieu du virtuel. J’devrais être contente du chemin que j’ai fait. J’le suis, mais je ne le remarque pas assez. Je ne me félicite pas assez. J’veux toujours en faire plus, être meilleure pour moi-même, atteindre le niveau de bien-être suprême.

J’ai aussi l’impression de ressentir moins de joie, genre je ne suis pas capable d’être overexcited autant que j’le voudrais. J’ai de la misère à être joyeuse pour mes propres réalisations, alors comment veux-tu que j’sois contente pour les tiennes? Cela, c’est un truc que j’ai remarqué chez moi. Je suis beaucoup moins sympathique, dans le genre de ressentir de la sympathie pour les autres. Mettons que je dessinerais un graphique, le niveau 7 serait la moyenne de joie que je ressens d’habitude. Cela en prend quand même beaucoup pour me rendre à 9, mais vraiment pas beaucoup pour me sentir comme un 5.

J’ai parfois de la misère à m’endormir parce que je pense trop. Mon cerveau ne veut pas turn off. Je dois me concentrer sur les bruits ambiants ou compter pour chasser la voix dans ma tête. Je ne me suis pas endormie avant 6 h 00 du matin une fois. J’étais couchée depuis 2 h 45. Environ 4 h à penser intensément, à me dire : « Les personnes avec une anxiété encore plus intense doivent vraiment se sentir folles. Je ne peux même pas imaginer tout ce qu’elles peuvent ressentir en même temps. Cela doit être atroce ! » J’me disais aussi : « Alors c’est ça, vivre avec l’anxiété, vivre avec le sentiment d’être mauvais, de virer nuts? C’est inhumain. »

C’est clairement inhumain.

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Bien à vous, chers lecteurs, lectrices,

Ci-dessus, et dans la partie 1 de l’article, est l’une de mes compositions les plus crues traitant d’anxiété et de remise en question, dont je souhaitais vous faire part. Pour beaucoup, c’est le « mal du siècle ». Désormais, je crois qu’on généralise un peu trop les maladies mentales. On les embellie, on les fait paraître pas si choquantes, pas si difficile à vivre. On enfouie nos inquiétudes en se disant que c’est normal de vivre ça, parce qu’on n’est pas les seul(e)s. Une maladie mentale, c’est pas beau, autant sur le plan mental que sur le plan physique. On doit s’en préoccuper comme tout autre bobo.

Quelqu’un qui souffre n’est pas nécessairement heurté physiquement. Quelqu’un qui souffre, c’est la fille, ou le gars, qui va essayer de cacher tous les signes apparents d’une maladie mentale. Pourquoi? Il va se faire dire, soit par ses parents, soit par ses ami(e)s, que c’est courant, qu’il ne devrait pas s’inquiéter, que cela va finir par passer. Et si cela ne passe pas?

Être dépressif, cela ne veut pas toujours dire que l’on va passer notre journée en pyjama, les cheveux tous mêlés avec les cernes les plus noires qui soient, en train de s’empiffrer devant Netflix. La dépression peut tout aussi bien être votre meilleure amie qui va à l’école à chaque jour, qui a de bonnes notes, un grand cercle d’amis, mais qui se sent aspirée par le trou noir qu’est sa tristesse quand repose sa tête sur son oreiller chaque soir.

Être anxieux, cela ne veut pas toujours dire que l’on va piquer une crise en cours devant tout le monde, car on ne peut plus supporter toutes ces questions émanantes qui nous font trembler. L’anxiété va probablement nous faire rester assis sur notre chaise, à nous demander si l’on devrait se lever. Mais si l’on se lève, tout le monde va nous voir et tout le monde va se demander pourquoi on quitte. On va rester là à fixer le vide et à essayer de tout notre possible de ne pas partir pleurer dans les toilettes. On va revenir à la maison avec le coeur gros, les yeux plein d’eau et essayer de faire nos devoirs à contre-coeur, par peur d’échec scolaire.

Ne jamais réduire en importance la peine d’un autre parce que quelqu’un, quelque part, souffre plus. Ne jamais tenter de justifier la peine d’un autre sans même savoir comment elle se sent. Ne jamais ignorer les cris à l’aide d’un autre parce qu’ils ne sont pas assez alarmants.

C’est un bobo comme un autre, avec un pansement un peu plus gros.

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Dorothée Laberge

Crédit photo – Couverture

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