Lettre d’une personne intimidée

À toi, celui qui m’a détruite.

Je t’écris ces mots de mon point de vue. Je sais que tu vas dire que tu ne m’as rien dit et que tu ne m’as rien fait. T’sais, dans l’histoire, c’est moi qui ai provoqué ton intimidation.

J’avais besoin d’exprimer le point de vue d’une personne intimidée.

Je ne sais pas quel était ton but. Je n’ai jamais su. J’ai toujours cherché par contre. Mais je n’ai jamais compris pourquoi tu t’en prenais à moi avec autant d’acharnement.

Qu’est-ce que cela faisait de t’en prendre à une p’tite fille qui n’avait rien vu de la vie encore? C’était quoi ton but de scraper un esprit sain? C’était quoi ton but de démolir le cerveau d’une kid?

J’ai une question. Si jamais ton enfant à toi se faisait intimider par des imbéciles de ton genre, est-ce que tu serais heureux de savoir que ton fils doit faire face à des personnes qui sont exactement comme était son père à une époque?

Si tu savais à quel point tu m’as démolie à coup d’insultes ! Je les ai toutes entendues.

Est-ce que tu ris encore de me voir pleurer? Est-ce que ça te faisait plaisir à ce point-là de sacrer quelqu’un par terre à coups de massue?

Dis-moi, si tu avais su que je voulais lâcher l’école pour ne plus avoir à endurer tes insultes, t’aurais-tu excusé du mal que tu m’as fait? Avec du recul, t’aurais-tu rendu compte que cela n’avait aucun bon sens?

Tu faisais parti d’une gang, en plus. Méchante belle image des gars de foot, non? Varger sur la p’tite Dominique qui n’a pas son mot à dire. Cela devait vraiment être un beau passe-temps !

Le pire, c’est que MOI, j’ai changé. Autant physiquement que mentalement. Au début du secondaire, lorsque je me suis pointée tout en noir avec des chandails de groupes, il y a des personnes de ta gang qui voulaient me parler. Bizarre, hein? Comment peux-tu oublier ton souffre-douleur en aussi peu qu’un été?

Durant les pauses, je vous voyais tous ensemble, près des cases. Je vous voyais vous traiter l’un l’autre de fif ou de tapette, comme si c’était grave, au fond, d’être gay. Ah oui, j’oubliais. Passer derrière un gars pour y baisser ses jeans, c’est tellement mature. Juste comme ça.

Tu m’as tellement détruite, démolie. Même aujourd’hui, j’ai envie de brailler lorsque je retourne tous ces événements dans mon esprit, pour essayer de m’en rappeler. Le pire dans tout cela, c’est que tu n’as toujours pas l’air de te rendre compte que cela me faisait mal pour vrai. Que les rencontres avec la directrice, c’était pas juste pour niaiser. Je t’ai tellement détesté, toi et toute ta gang. Cela ne paraît pas, mais je continue de le faire. C’est juste que moi, je ne vois aucune utilité à vous le dire.

Cependant, en même temps, je veux vous remercier. Sans vous, je serais restée la p’tite conne qui se laisse faire en braillant. Sans vous, je n’aurais pas autant de caractère que j’en ai maintenant. Vous m’avez donné l’aplomb nécessaire pour survivre à ma vie. Sans vous, je n’aurais pas fait le chemin mental que j’ai fait. Sans vous, je me ferais encore écœurée à la place de répliquer.

Merci, mais mangez de la marde. Sincèrement.

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Dominique Caron

Crédit photo – Couverture

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