Faire son coming out comme un professionnel

En ce merveilleux début d’année 2017 – en excluant Trump qui prend la présidence de la façon la plus disgracieuse possible – tu as pris une résolution : faire ton coming out.

Félicitations, cher ami ! Je suis fière de toi !

Problème…

Comment est-ce que tu fais ça?

À qui l’annonces-tu en premier? Tes amis, ta famille?

Est-ce que tu as besoin d’une mise en scène dramatique comme dans « Le Roi Lion »?

Tes grands-parents, vont-ils faire une crise cardiaque?

N’HYPERVENTILE PAS !  Personnellement, je ne peux pas répondre à tes questions, MAIS j’ai recruté mon meilleur ami, Étienne, pour répondre à toutes tes questions !

Mise en contexte : Étienne et moi, on se connait depuis qu’on a 6 ans. C’est pourquoi j’ai confiance que ses réponses sont sincères et vraies. Mon cher ami a fait son coming out il y a environ un an.

Q : Quel fut l’élément déclencheur de ta décision? Comment as-tu décidé que tu devais faire ton coming out?

R : Ça va être étrange, mais ce n’est pas un évènement si significatif. Je désirais sortir avec des amis dans un bar gay. J’avais fait mon coming out auprès de mes amis les plus proches, mais pas auprès de ma famille. C’est normal, plus on vieillit, plus on cherche l’amour et plus on se définit en tant qu’adulte. Je ne pouvais pas simplement dire à mes parents « Je m’en vais à Montréal pour la soirée ! » sans qu’ils ne me demandent où j’allais, et c’est normal.

À ce moment, je me suis demandé : « Est-ce que je vais vivre toute ma vie ainsi? À cacher mes destinations, à mentir, par peur qu’ils ne découvrent mon homosexualité? » Un soir, je me suis décidé. Je me suis dirigé vers ma mère, juste avant son cours de yoga. Je fais toujours ça, *rire*, dropper des bombes de façon inattendue durant les moments les plus inopportuns et lorsqu’ils sont pressés. Alors je me dirige vers elle, et je dis : « Maman, je n’aime pas les femmes. » Elle était contente, car elle devait s’en douter. Elle était contente que j’ai finalement trouvé le courage d’en parler. Mon père était parti en voyage, et ma mère lui a annoncé sur Facetime le lendemain. Pour le reste de la famille, ça un peu fait boule de neige. Tout le monde a finit par être au courant, et tout s’est bien passé.

Q : Est-ce que ce sont tes parents qui ont annoncé ton homosexualité au reste de ta famille, ou est-ce toi?

R : Je ne voulais pas faire de scène. Je ne voulais pas arriver à un party de famille, cogner une fourchette sur une coupe de vin pour obtenir le silence et m’exclamer : « J’aime les garçons ! » Non, ce n’est pas mon genre du tout. Je ne suis pas si extraverti ! Je souhaitais simplement éviter les ambiguïtés et les non-dits. Il fallait donc que ce soit annoncé. Je voulais éviter que les gens me perçoivent différemment, ou qu’il me traite différemment.  Souvent, c’est ce qui arrive dans des cas de coming out. Certaines personnes sont maladroites et traitent les hommes homosexuels comme des femmes. Pas qu’être une femme est une preuve de faiblesse, mais ce n’est pas ce qu’on devient subitement une fois qu’on a fait notre coming out.  Finalement, mes parents ont envoyé un courriel à toute la famille sur le sujet.

Q : Que suggères-tu aux personnes dont les familles sont plus « conservatrices », pour utiliser ce mot?

R : Malheureusement, c’est un sujet franchement délicat à aborder, et c’est triste que ce soit encore tabou. Néanmoins, notre bien-être est capital, d’où l’importance de vivre pleinement son homosexualité.

C’est mieux si les gens sont certains, s’ils ont tenté des expériences. Ça demande plus de courage lorsque tu sais que ta famille n’est pas nécessairement ouverte à l’homosexualité. Cependant, tu dois faire ton coming out à un moment ou l’autre dans ta vie. Si tu gardes le silence, tout ça pour faire plaisir à ta famille, parce que tu « penses » qu’ils ne vont pas t’accepter – ce n’est jamais certain -, pour faire plaisir à tes parents qui vont éventuellement mourir… Tu vas avoir caché toute ta vie amoureuse pour des personnes qui ne sont désormais plus là. Notre vie amoureuse représente une énorme partie de notre vie en général, alors on ne veut pas la gâcher.

C’est certain qu’ils ne mourront pas demain matin, mais lorsque le moment va arriver, selon moi, les regrets vont se présenter en même temps.

Pour cette raison, je te suggère de faire ton coming out le plus tôt possible dans ta vie.

Si ta famille te rejette… c’est un risque à prendre. C’est déstabilisant, car ça reste des liens du sang qu’on risque. Mais la réalité, c’est que tu peux te faire une famille partout. En plus, tu as une communauté entière pour te supporter. Tu as plein de ressources à ta disponibilité !

Au final, ce qui est important, c’est que tu t’acceptes comme tu es, et les autres vont suivre. Sinon, c’est leur problème. Tu ne pas faire le tour du pot bien longtemps. Tu es né ainsi, homosexuel.

En même temps, je comprends l’issue. Je me considère comme choyé, parce que je l’ai eu particulièrement facile dans l’histoire des coming out. Je ne peux pas parler pour tout le monde, je ne peux pas dire « ça l’a été vraiment difficile », car ce n’est pas vrai du tout ! *rire*

Le meilleur conseil que je peux te donner est le suivant : ne créé pas d’attente à tes parents. Si tu commences à amener tes blondes chez toi, ils vont commencer à t’imaginer avec une famille et une femme, éventuellement. Si après 2 ou 3 blondes, tu leur annonces que tu es gay, ça se peut qu’ils soient plus confus, et même qu’ils le nient. C’est une chose de douter et d’expérimenter. Ça en est une autre d’utiliser le sexe opposé comme « couverture » pour ton homosexualité.

« Tu n’es pas gay, tu as eu des blondes ! »

C’est leur donner un alibi pour nier ton homosexualité. C’est plus stratégique de crever l’abcès immédiatement, de dire que tu es gay et de le faire avec confiance pour démontrer que ce n’est pas une « passe » et que oui, c’est définitif.

Q : As-tu remarqué un changement chez tes proches?

R : Pas vraiment. C’est certain que le courriel envoyé par mes parents a contribué à la situation. Je suis encore Étienne, exactement la même chose qu’avant. Par exemple, je ne vais pas arrêter d’aimer Harry Potter maintenant que ma famille sait que je suis gay. En fait, j’ai toujours été gay, alors ça ne fait que renforcer l’idée que je n’ai pas changé le moins du monde. C’est juste que maintenant, ils sont au courant.

Q : Penses-tu que d’autres personnes dans ta famille, à l’exception de tes parents, s’en doutaient?

R : Je suis certain que oui, d’où peut-être l’absence de réactions dramatiques. Lorsque j’étais jeune, je jouais plus avec des filles, je me déguisais plus en princesse, je faisais de la gymnastique et j’ai plus de manières que la gent masculine en général. Ce sont des stéréotypes, et je ne veux pas mettre tous les gays dans le même bateau, mais c’était ma réalité. Je n’avais jamais eu de blondes non plus, et il y avait toujours eu une espèce d’ambiguïté. C’est sûr que pour les membres de ma famille, le choc n’a pas dû être énorme. Je crois même que mes parents ont tenté de me tendre des perches à plusieurs reprises (rire), mais je n’étais pas rendu là dans mon cheminement.

Q : Même pas tes grands-parents? Je veux dire, cette génération peut rencontrer quelques difficultés face à l’homosexualité…

R : Oh non, même pas ! Je ne sais pas comment ils le vivent, mais leur attitude n’a changé en rien. Le fait que mon grand-père ait un frère gay aide sûrement les choses ! Ils m’aimaient avant, ils m’aiment maintenant; je ne suis pas devenu une personne différente du jour au lendemain. Ils ne m’ont jamais passé de commentaires. Je comprends que pour certaines personnes de cette génération, l’homosexualité, c’est dans la tête. En fait, non, je ne comprends pas, mais je comprends qu’ils peuvent ne pas comprendre, mais c’est hors de mon ressort. Dans mon cas, tout s’est bien passé.

Q : Dans une petite ville comme la nôtre, comment fais-tu pour avoir des dates? Quelles applications utilises-tu?

R : Il y a toujours des applications comme Tinder, Grinder, Hot Or Not, qui sont plus utilisées pour des booty call qu’autre chose… Mais, même si le défi est gros – les homosexuels ne représentent que 10% de la population, alors en rencontrer peut se révéler compliqué -, je crois qu’il ne faut pas se laisser emporter par les applications. Il ne faut pas être déçu non plus, car ça ne sert à rien de se dépêcher. C’est la même chose que pour les hétéros : les applications sont pratiques pour rencontrer du monde virtuellement, mais ça ne vaudra jamais une rencontre réelle, la première impression et tout.

L’idéal, c’est de rencontrer des gens en vrai, et de viser les milieux fréquentés par des homosexuels, comme le quartier gay de Montréal. À ce moment, c’est plus facile d’en croiser dans des cafés, des bars, peu importe.

Il n’y a pas de différence entre les homosexuels et les hétéros sur ce plan.

Q : Est-ce que ta famille a eu à faire un deuil à cause de ton homosexualité?

R : Ma mère m’en parle plus que mon père. Même si elle s’en doutait, elle a dû, je crois, faire un deuil de l’image de moi accompagné de ma femme et de nos enfants. C’est son devoir de mère, par amour, de visionner le meilleur des mondes pour moi, et cette image est le cliché bonheur. Cette image n’est pas inatteignable pour autant, seulement différente. Mais, il s’agissait de perceptions, et je devais m’en détacher.

C’est correct qu’elle fasse son deuil, mais il ne faut pas se sentir responsable de ce que les autres ressentent face à ça. Il faut les laisser vivre ça. C’est certain que ma mère est contente pour moi, elle avait ses inquiétudes, peut-être même des craintes, mais ça ne me concerne pas. Tu vis ta vie pour toi, et non pour les autres. Pourquoi attendre l’approbation de gens? C’est dommage si c’est de la famille qui nous rejette, mais on ne peut pas passer toute sa vie en étant malheureux non plus.

Q : Si tu pouvais retourner dans le temps et refaire ton coming out, le ferais-tu d’une différente façon?

R : Non. Je trouve que c’était parfait. Peut-être que je l’aurais fait plus tôt… Mais c’était loin d’être catastrophique ! Je n’étais pas marié, à 40 ans, avec deux enfants. C’était loin d’être « trop tard » pour moi. Selon moi, c’était un bon âge pour le faire. Je voulais devenir un adulte à part entière et ma sexualité en fait partie.

Q : Quelles étaient tes plus grandes inquiétudes concernant ta sortie du placard?

R : J’avais peur que les gens ne me voient plus comme je suis, qu’ils croient que ça change réellement quelque chose chez moi. Qu’à cause de ma révélation, qu’on ne me donne plus l’affection et l’amour que je recevais avant, ou de décevoir les gens parce qu’ils croyaient que j’étais quelqu’un de « mieux » (pour employer ce terme homophobe). Aussi, ça peut sembler ridicule, mais j’avais peur de faire face à des gens que je considérais comme de potentiels homophobes.  Mes craintes étaient de me dire que j’allais devoir vivre avec ces personnes et leurs perceptions, leurs commentaires parfois déplacés.

Q : As-tu ressenti que les gens en général, par exemple à l’école, agissent différemment avec toi?

R : Non pas du tout, encore une fois, c’est comme si rien n’était.

Q : Quand on entend parler d’attentats comme celui d’Orlando, comment te sens-tu?

R : Je crois que ce qui me choque le plus, c’est de constater qu’il y a encore des gens qui considère l’homosexualité comme une maladie, comme une décision. Je trouve ça insultant. On a autant le droit de vivre que les hétéros. Nos corps sont identiques, on contribue tous à la société,  alors pourquoi n’avons-nous pas le droit de vivre comme les autres? On met les homosexuels dans une catégorie à part, et on les laisse de leur côté comme si on les tolérait et non qu’on les acceptait. J’éprouve de l’incompréhension face à des gestes si violents. C’est triste, parce que dans notre monde, l’homosexualité encore souvent mal perçu. Dans le cas de la tuerie d’Orlando, certains spéculaient que le tueur était homosexuel. Je crois que certaines personnes qui sont elles-mêmes homophobes ET homosexuelles vont poser des gestes pour se déculpabiliser face à cette relation amour-haine qu’ils ont avec leur sexualité.

Pour finir, j’espère sincèrement que cela va aider certaines personnes  à faire leur coming out.

N’oublie pas, l’important c’est d’être bien.

PS; Un gros merci à mon cher ami Étienne qui a généreusement accepté de faire cette entrevue pour La théorie du beau ! ❤

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