Lettre à mon père

Cher papa,

Depuis quelques temps, je me soucie beaucoup de l’avenir. Les études m’inquiètent, certes, mais je sais que je finirai par trouver ma voie un jour ou l’autre. Peu importe le chemin que je prendrai, je sais que tu me supporteras toujours.

Hélas, l’avenir qui m’inquiète, ce n’est pas que le mien. C’est celui de toute ma génération et de milliards d’autres personnes. Notre monde est devenu si dangereux, si horrible ! J’ai tellement peur qu’il empire avec les années. Si tu savais, papa, à quel point je suis terrifiée…

J’ai peur qu’une guerre éclate. J’en ai étudié énormément, des guerres. Tu le sais bien, tu m’as aidé à les comprendre. Elles semblent si loin derrière, comme si ce n’était que des histoires, des cauchemars du passé. J’oublie parfois que certaines personnes les ont vécues. Est-ce qu’un jour je ferai partie de ces survivants?

Je sais que tu me protégeras toujours et que tu feras de ton mieux pour que je sois en sécurité. Mais il y a certaines choses desquelles tu ne peux me sauver. C’est ce qui m’effraie, papa. Les gens perdent la tête ! On s’entretue encore et encore. Quand est-ce que ça va cesser papa? Vais-je un jour me sentir en sécurité ou vais-je vivre avec une inquiétude constante jusqu’à ma mort?

J’ai si peur, papa. Peur de grandir dans un monde qui meurt à petit feu. J’ai peur de réaliser que notre monde n’est plus comme il l’était lorsque tu étais jeune. J’ai peur que lorsque je serai vieille, mes seuls souvenirs soient emplis de peur et d’angoisse. J’ai peur d’être un personnage de l’un de ces films sur la Deuxième Guerre mondiale qui voie sa vie s’écrouler en un clin d’œil. J’ai peur de vieillir papa. Peur de vieillir dans ce monde de fous.

Mais malgré tout, j’essaie de garder espoir. J’essaie de me convaincre que tout s’arrangera peut-être pour le mieux, que je vivrai dans un monde en paix où nous serons tous égaux. J’essaie. Et puis, si jamais tout s’arrange, je n’aurai plus aucune raison de me plaindre. Mais, au fond de moi, j’aurai tout de même une peur toujours présente.

Cette peur sera beaucoup moins grande, évidemment. Cette peur pourrait être insignifiante, mais pour moi, elle ne l’est pas. Cette peur, c’est la peur de vous perdre, maman et toi. Je ne suis pas naïve, je sais qu’un jour vous me quitterez. Pour aller où? Je n’en sais trop rien. Mais je sais que vous ne serez plus à mes côtés, que je serai seule ici. Seule, avec mes souvenirs et ma nostalgie.

C’est lorsque je pense au jour où je devrai vous mettre sous terre que je me dis que ce monde horrible sera plus tolérable tant que vous serez à mes côtés.

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Julianne Nadeau

Crédit photo – Couverture

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