Lequel amour

Lequel amour faut-il. Chaque fois, c’est la même chose : j’aime le gars. Mais chaque fois, différemment. Chacune des fois – tout finit. Les feux s’éteignent.

Lequel amour faut-il ?

D’abord, la fusion de son corps : je ferais l’amour avec lui pour toujours. Puis, quelques lunes plus tard, c’est la routine, la danse du même. Il faut changer.

Lequel amour est le bon ?

Quelques fois, il y a beaucoup d’évocations. Un homme me fait penser à la forêt, un autre à la mer. Je ne sais pas lequel est le mieux. Je me dis, la réponse se trouve en la multiplicité : m’évoquer un capitaine de voilier, en même temps qu’une promenade dans le désert et une après-midi bricolage. Tout. Un qui serait tout. N’est-ce pas trop grand ? Certes, l’impossible est tentant. Je l’ai essayé : il s’est sauvé. Faut-il que ce soit partagé ?

« On est obligés de se fier à des signes isolés, à partir desquels on est censés faire de vastes suppositions. Tel garçon va à des spectacles de danse, il doit avoir un tempérament sensible et artistique. Il cite de la poésie, c’est une âme sœur. Il lit Joyce, ce doit être un génie¹. »

Lorsqu’il est question d’une nouvelle relation, une phrase glisse subtilement entre les pensées : « Oui, mais, je pourrais peut-être aimer plus que ça. » Que sait-on, de sa limite d’amour? On croise un homme à l’accoutrement singulier : t-shirt bleu et orange, bretelles et pantalons noirs. Une idée : « Oui, mais, un homme qui s’habille comme ça, ce serait bien, non? »

Parce que, lequel amour? Est-il possible d’avoir tous le même? Ils nous le montrent identique. Scénarios kif-kif.

– Je suis amoureuse.

– Idem.

Pourquoi faut-il, aujourd’hui, le passé simple : « Ils vécurent heureux pour toujours »? Soit le monde a changé, soit personne n’a compris. De toute façon, l’aujourd’hui le dit : c’est ok, avoir plusieurs relations avec plus qu’une personne dans ta vie, et être heureux. Ouf, ça fait du bien. Chère société de plus en plus ouverte, écarte un peu plus ta tête pour laisser passer ça. Non, ce n’est pas un signe de « il ne sait pas ce qu’il veut ». Non plus un signe de la fameuse « peur de l’engagement ». Parfois oui, bien sûr. Parfois non. Parfois plein de choses – les gens sont différents.

On peut se le dire : tellement de belles personnes sur Terre. J’ai envie de toutes les découvrir, d’absorber leur âme, d’en connaître plein de petits bouts qui pourront s’ajouter au casse-tête de mon « moi ». Est-ce si dégoûtant, que de vouloir apprendre de sa planète par l’humain? Je pense à « L’insoutenable légèreté de l’être », à Tomas et à son désir-vertige de vouloir « trouver le millionième en chaque personne ».

On m’a aimée plusieurs fois. Mais lorsque je demande « comment », au « je t’aime », je suis, aux yeux de l’amant, une insécure, une achalante, une compliquée. Alors que tout est dans le comment. Il y a tant de manières, de paroles, de sourcillements, de dérobades et « d’aimages » qu’il faut forcément une comparaison. Sinon c’est banal, gris. Pour aimer à sa mesure; aimer à sa personne. N’est-ce pas le souhait (populaire) : un amour singulier au même point que l’originalité de ton être? « Je t’aime » ne suffit plus. « Je t’aime comme… » – voilà. On veut être différenciés, parce qu’être comme l’ex stipule l’échec. Une comparaison nous éloigne d’une autre.

Je peux avoir aimé un copain comme la sensation de hauteur sur une montagne. J’en aurais aimé un autre comme le bruit des vagues m’apaise. « Aimage » de plusieurs façons. Plusieurs caractères. Quelques nez. La forme des cheveux. Des muscles sous la peau. Deux, quatre yeux. Des goûts. Les mots ne sont pas réservés qu’aux écrivains. Tout le monde en a.

Chacun son amour. (Et les moutons seront bien gardés)

¹Sylvia PLATH. Journaux 1950-1962, Paris, Gallimard, 1999, p. 100.

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Billie-Anne Leduc

Crédit photo – Couverture

Un commentaire

  1. Alain Lascelles

    Tu écris ce qui est vrai tu écris ce qui est. Juste ne pas trop analyser car trop, peut paralyser.

    J'aime

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