Une erreur de jeunesse

À 17 ans, j’ai rencontré un gars au cégep. À la première date, il avait les mains baladeuses et j’ai dû lui répéter à plusieurs reprises que je n’étais pas à l’aise. C’est sans surprise que pendant quelques jours, les membres de son équipe de football m’ont passé des commentaires. Parfois, c’était subtile :

« Beaux pantalons, Sab… Tu devrais les mettre plus souvent ! » (rire stupide, clin d’oeil à son ami par trop loin)

Parfois, moins :

« Ouain Sab, comme ça, t’as vraiment de belles fesses? Faudrait que je fasse le contrôle de qualité pour être certain. »

Dans tous les cas, c’était déplacé. Tu vas me dire que je jouais dangereux en acceptant une invitation de la part d’un joueur de football. Je ne voulais pas tous les mettre dans le même panier, d’accord? Je lui ai donné le bénéfice du doute.

À 18 ans, j’ai recroisé le gars en question dans un bar. Je l’ignorais royalement, tout en parlant avec l’une de mes amies. De toute façon, à chaque fois que je m’étais dit que je pouvais lui donner une chance, c’était franchement très désagréable.

 « Hey les filles, 20 $ pour que vous vous embrassiez ! »

C’est certain qu’il me niaise.

Il ne peut pas être sérieux.

Eh ben, y’a l’air tellement fier de lui, c’est sûr qu’il est sérieux.

Le problème dans cette situation, ce n’était même pas d’embrasser quelqu’un par qui je n’étais pas attirée, c’était qu’il nous traitait comme des fantaisies, des objets sexuels, et ça, c’est franchement insultant. Niveau de l’objectification : 450 %.

Je l’ai envoyé promener dans les règles de l’art, ne vous inquiétez pas !

Après quelque temps, j’ai commencé à plus sortir dans les bars. Une fois, j’étais en train de danser avec des amies lorsqu’un gars sorti de nulle part a commencé à se frotter derrière moi, puis a mis ses mains dans les poches avant de mon jeans. J’ai poussé ses mains hors de mes poches.

« Voyons, sois pas prude ! Aweille, c’est sûr que t’aimes ça ! », a-t-il crié par-dessus la musique.

Quel tombeur ! Am I right, ladies?

Non, juste non.

Je suis partie.

Si vous saviez à quel point ça arrive souvent, une main qui a « mal visé » et qui finit sur une fesse. Oups. Ça ne doit pas être facile de mal viser ! Dans le fond, vous êtes des victimes vous aussi, les boys. C’est ça? Il doit sûrement y avoir des filles qui utilisent aussi cette technique.

Peu importe ton genre, ce n’est pas correct.

À un méga party où l’on célébrait la fin des examens, un gars s’est approché de moi. Il a essayé de me parler fort, par-dessus la musique, en me posant une main sur la taille. Je n’ai rien entendu, donc je me suis approchée de lui pour mieux comprendre, en faisant des gestes pour dire : « J’ai rien compris ! »

Il a profité de l’occasion pour enfoncer sa langue dans ma bouche.

Le pire là-dedans, c’est que c’est moi qui me suis sentie mal. Disons que j’étais pas mal dans un état avancé. J’ai tenté de le repousser, mais l’opération n’a pas été un succès. Je me suis dit : « Si seulement je l’avais repoussé avec plus de force… Est-ce que je lui ai envoyé des signaux sans m’en apercevoir? » (#CultureDuViol) Lorsque j’ai réalisé que MOI, je n’avais pas à me sentir mal, le fardeau est parti presque instantanément. Je n’étais pas consentante, même si ce n’était qu’un french (avec beaucoup trop de bave, sois dit en passant).

L’autre fois, j’attendais un taxi. Il était presque trois heures du matin. Je me trouvais juste à côté de la porte du bar où je venais de passer la soirée, et non dans une ruelle sombre et crasse. Il fait froid, je suis fatiguée et ma patience est à 0. Je vois la gang de gars arriver au loin, dans la rue. Immédiatement, j’anticipe :

Option 1 : S’il te propose un lift avec un clin d’oeil, tu as le droit de manger une pop-tarts en arrivant.  

Option 2 : S’il te propose un lift jusque dans son lit, tu as le droit à deux pop-tarts.

Option 3 : S’il te siffle, t’as même le droit d’écouter un épisode de The Office avant de te coucher.

Ce n’est pas de ma faute si c’était si pathétiquement prévisible.

« Hey beauté, j’suis horny. Est-ce que t’es volontaire pour m’aider? »

J’ai gardé le silence, mais je comptais les points dans ma tête. Est-ce que ça se rapproche plus de l’option 1 ou 2?

Un gars qui marchait par là s’est arrêté devant moi. Je pensais que c’était l’un de ses chums, jusqu’à ce qu’il dise :

« Non mais c’est dégueulasse ce que tu viens de dire ! Va-t-en, laisse-la tranquille ! »

Il a entendu durant quelques minutes avec moi, puis il a quitté. Merci à toi, cher inconnu. J’ai vraiment apprécié ton intervention. Sincèrement, ça m’a fait chaud au coeur !

Une autre fois, un gars m’a payé un verre. J’étais à une soirée pour la fête de l’une de mes amies. Je l’ai remercié, tentant par la suite de quitter pour aller rejoindre mes amies.

« C’est ça, maintenant que tu as eu ce que tu voulais, tu t’en vas sans même me donner un bec? »

Oui, c’est vrai ! J’ai oublié la très célèbre formule mathématique : un verre = un bec. Excuse-moi, où sont mes bonnes manières?

Inutile de préciser que j’avais le goût de m’arracher les cheveux.

Est-ce que ces interactions sont des agressions sexuelles? Non, je doute fortement qu’on puisse les qualifier ainsi. Est-ce que ces commentaires sont déplacés, dégradants et même vulgaires? Oui, sans aucun doute. Est-ce que ces interactions sont des conséquences de la culture du viol? Oui.

Qu’est-ce que ça fait? Ça fait qu’un gars démesurément saoul, pour moi, c’est synonyme de prédateur sexuel. Petite parenthèse : croyez-moi, cette espèce particulière pullule les jeudis soir. Je les crains, parce qu’ils peuvent devenir violents ou agressifs instantanément, avec une force assez surprenante considérant leur état – c’est encore pire lorsqu’ils sont en groupe. Tu vas me dire que je suis intense, n’est-ce pas?

Pense à ça ! Parfois, la seule raison qui fait en sorte qu’une fille aussi saoule que le gars ne se fait pas violer, c’est parce que quelqu’un anticipe l’action et éloigne la fille du gars. Bien des fois, ce n’est qu’un concours de circonstances.

Mais t’sais : « c’est juste une erreur de jeunesse ».

Qu’est-ce qu’on peut faire en tant que fille? Être prudente, se promener avec minimum une amie, ne pas trop boire pour garder tes moyens, considérer que tu ne peux pas lui faire confiance jusqu’à preuve du contraire. Le scénario « party » n’est pas un endroit pour faire preuve de naïveté. Arrête de dire « non » lorsque tu veux dire « peut-être/oui ». Ce n’est pas une technique de cruise si personne ne prend ton consentement au sérieux par la suite. Surveille ton verre, surveille tes amies. Assure-toi qu’elles sont en sécurité.

Qu’est-ce que vous pouvez faire en tant que parents? Apprenez le respect du « non » à vos enfants. Vos filles vont devoir apprendre à dire « non » et vos gars vont devoir apprendre que « non, c’est non ». Apprenez à vos gars à être respectueux, à respecter les femmes, et non pas à les tolérer. Apprenez à vos filles à se respecter dans leur limite, et à faire preuve de prudence. Ce n’est pas demain la veille que les choses vont changer, mais c’est un bon début.

Les boys, à défaut de vous tenir debout pour aider vos amies, tenez-vous debout pour vos futures filles. Celles que vous allez aimer comme tout. Celles que vous allez chérir comme la prunelle de vos yeux. Vos filles qui vont un jour partir de la maison pour aller à étudier et qui vont être confrontées à la réalité du monde. Vos filles à qui vous aller apprendre à ne pas se faire violer, parce que vous saviez à quel point vous pouviez être stupides lorsque vous étiez jeunes et saouls.

Par contre, si vous voulez qu’elles reçoivent ce genre de commentaires, continuez comme ça ! Vous êtes sur la bonne piste.

Sincèrement,

Une fille ben, ben, tannée.

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Sabrina Gomez

Crédit photo – Couverture

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